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Variations d’un genre à l’autre, contraste écrit/oral

par Thierry POIBEAU - publié le

On a souvent présenté l’oral et l’écrit comme étant deux modalités se situant presque aux antipodes tant en ce qui a trait à la richesse du vocabulaire utilisé qu’à la complexité des structures syntaxiques employées. Une vision plus nuancée se propose de situer la comparaison écrit-oral sur un continuum stylistique entre par exemple deux pôles langagiers, informel et formel, proximité et distance communicative ou bien planifié et non-planifié. D’autres facteurs : contexte, but, contenu et surtout la notion de genre (Swales 1990) interagissent avec le mode pour influencer le langage utilisé. Au lieu d’une dichotomie simple, il y aurait plutôt un continuum de pratiques différentes de la langue, tant par écrit que par oral.

L’enjeu consiste à montrer qu’on ne peut rendre compte des différences par une grammaire unique en postulant une opposition simple ou une gradiance entre deux notions et qu’il est ainsi nécessaire de poser des grammaires multiples pour rendre compte de la diversité des phénomènes. Certains de ces phénomènes sont à relier à ce que C. Blanche Benveniste (1990) nomme la grammaire seconde, c’est-à-dire des structures syntaxiques et lexicales qui proviennent d’un apprentissage scolaire. La notion, qui doit être étendue aux traditions discursives décrites par Kabatek (2010) permet de rendre compte de certaines interférences entre productions écrites et productions orales.
L’interaction complexe entre oralité/écriture et genre sera abordée dans le discours scientifique. Nos observations s’appuieront sur un projet mené dans le cadre du Labex TransferS, le projet EIIDA. Ce projet consiste à mettre en regard productions écrites et orales de discours académiques dans plusieurs langues pour évaluer l’impact des traditions discursives dans la production orale en fonction de la tradition académique, romane, vs anglo-saxonne. Nous nous attacherons à isoler les deux variables ‘mode’ et ‘genre’ de façon rigoureuse.

Nous allons croiser analyses quantitatives et qualitatives sur des genres oraux précis (conférences, cours) et comparer ces productions aux genres comparables de l’écrit (articles publié dans les Actes d’une conférence, par exemples) dans les mêmes domaines scientifiques. Les analyses porteront essentiellement sur des faits de syntaxe et sur les constructions traditionnellement considérées comme caractéristiques soit de l’écrit (tels les passifs, les nominalisations, les structures impersonnelles, et certains connecteurs argumentatifs), soit de l’oral (structures détachées, phrases pseudo clivées ou encore certaines locutions adverbiales énonciatives).