Accueil > Cours et Séminaires > Séminaires des années précédentes > Séminaire de Catherine Fuchs sur la comparaison

Séance 7, 13 février 2009, 10-12h, ENS, Salle de Direction, 29 rue d’Ulm - L’analogie de manière

par webmestre - publié le

1ère Partie :
Estelle MOLINE : L’analogie de manière de faire

Je m’intéresserai dans cet exposé aux structures comparatives incidentes à un prédicat verbal (Il mange comme un cochon, Il mange sa soupe comme un cochon), constructions qui décrivent une « manière de faire » et qui seront analysées comme des adverbiaux (au sens de Nølke 1993) de manière. A partir des travaux menés pour l’essentiel sur les adverbes en –ment, on peut dégager une quinzaine de critères permettant d’identifier les adverbes de manière (possibilité d’apparaître dans une construction clivée, de répondre à une question introduite par comment, de constituer le foyer de la négation ou de l’interrogation, absence de mobilité, en particulier impossibilité d’occuper une position détachée en tête d’une phrase négative, etc.). Les structures considérées possèdent dans leur quasi-totalité les mêmes caractéristiques, ce qui justifie de l’analyse proposée. Reste à préciser le rôle syntaxique d’un adverbial de manière. Contrairement à la tradition grammaticale, qui interprète les compléments de manière comme des compléments circonstanciels, je reprendrai l’analyse de Golay 1959, qui, après avoir souligné la « contradiction flagrante entre la notion de manière et celle de circonstance », propose d’analyser les compléments de manière, dont « le complément de comparaison […] n’est finalement qu’une variante » (Ibid. : 71) comme des « épithètes du verbe ».

Si, sur le plan syntaxique, les adverbes de manière en –ment et les comparatives intraprédicatives en comme possèdent de nombreux points communs, ces deux types de constructions diffèrent sur le plan sémantique. En effet, alors que l’interprétation d’un adverbe en –ment repose sur la base lexicale (le plus souvent adjectivale) sur laquelle est fondée la dérivation, celle des adverbiaux de manière en comme s’effectue par le biais d’une comparaison, et le mode d’interprétation de la manière varie selon que la comparative correspond ou non à une figure stylistique. Néanmoins, si, à la suite de Geuder (2000 ; 2005), on admet qu’un adverbe de manière active un argument sémantique de la structure conceptuelle du prédicat verbal, les restrictions combinatoires liées au sémantisme des prédicats modifiés par une comparative en comme ou un adverbe de manière en –ment devraient être analogues (* Il dort (attentivement + patiemment) ; * Il dort comme (un éclair + un boulet de canon)). A partir des catégories établies par Vendler 1967, je montrerai quelques-unes de ces contraintes combinatoires, concernant aussi bien l’interprétation qualifiante (Manger comme (un cochon + un affamé)) que quantifiante (manger comme (ogre + un oiseau)) des constructions comparatives.

Références

BORILLO A. (1989), « Notions de massif et de comptable dans la mesure temporelle », in J. David et G. Kleiber (eds) Termes massifs et termes comptable, Paris, Klincksieck : 215-238.

FUCHS C. & LE GOFFIC P. (2005), « La polysémie de comme », in O. Soutet (ed), La Polysémie, P.U.P.S. : 267-291.

GEUDER W. (2000), Oriented Adverbs. Issues in the Lexical Semantics of Event Adverbs, PhD. http://w210.ub.unituebingen.de/dbt/volltexte/2002/546/pdf/geuder-oriadverbs.pdf.

GEUDER W. (2005), Manner modification of states, Sinn & Bedeutung 10, Humboldt-Universität Berlin : 111-124.
http://www.zas.gwz-berlin.de/papers/zaspil/articles/zp44/Geuder.pdf

GOLAY J.-P. (1959), « Le complément de manière est-il un complément de circonstance ? », Le Français Moderne : 65-71.

GUIMIER C. (1996), Les adverbes du français : le cas des adverbes en –ment, Paris, Ophrys.

LE GOFFIC P. (1991), « Comme, adverbe connecteur intégratif : éléments pour une description », Travaux Linguistiques du CERLICO 4 : 11-31.

MCNALLY L. & KENNEDY C. (2005), « Degree vs manner : a case study in selective binding », http://home.uchicago.edu/~ck0/prose.html

MOLINE E. (2001), « Elle ne fait rien comme tout le monde, les modifieurs adverbiaux de manière en comme », Revue Romane 36-2 : 171-192.

MOLINE E. (à par.), « Mode d’action et interprétation des adverbiaux de manière qu- », Cahiers Chronos.

MOLINIER C. (1990), « Une classification des adverbes en –ment », Langue Française 88 : 28-40.

MOLINIER C. & LEVRIER F. (2000), Grammaire des adverbes : description des formes en –ment, Genève-Paris, Droz.

NILSSON-EHLE H. (1941), Les adverbes en –ment compléments d’un verbe en français moderne. Etude de classement syntaxique et sémantique, Etudes romanes de Lund III, Lund, Gleerup.

NØLKE H. (1993), Le regard du locuteur, Pour une linguistique des traces énonciatives, Paris, Kimé.

NØJGAARD M. (1992, 1993, 1995), Les adverbes du français. Essai de description fonctionnelle, 3 vols., Historisk-filosifiske Meddelelser 66, Copenhague, Munksgraard.

REBOUL A. (1991), « Comparaisons littérales, comparaisons non-littérales et métaphores », TRANEL 17 : 75-96.

TAMBA-MECZ I. (1981), Le sens figuré, Paris, P.U.F., coll. linguistique nouvelle.

VENDLER Z. (1967), « Verbs and Time », in Linguistics in Philosophy, New York, Cornell University Press : 97 -121.

2ème Partie :
Catherine FUCHS : L’analogie de manière d’être : un emploi typifiant de comme

On s’intéressera (en travaillant sur des énoncés attestés) à certaines structures en ‘N comme P’, illustrées par des séquences du type : une robe comme on en portait dans les années 60 / une de ces robes comme on en portait dans les années 60.
On étudiera tout d’abord les paramètres co-textuels constitutifs de la structure considérée. Puis on s’interrogera sur le fonctionnement syntaxique et sur le rôle sémantique de comme dans ce type d’emploi. On examinera enfin les conditions d’une équivalence possible entre la structure en comme et la relative (une robe que l’on portait dans les années 60 ; une de ces robes que l’on portait dans les années 60).

Références

Damourette, J. & E. Pichon (1911-1927) : Essai de Grammaire de la Langue française, Paris : d’Artrey.

Fuchs, C. & P. Le Goffic (2005) : La polysémie de ‘comme’, in La Polysémie (O. Soutet, ed.), Paris : Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, pp. 267-292.

Fuchs, C. & P. Le Goffic (2008) : Un emploi typifiant de comme : Un de ces exemples comme on en trouve partout, Langue Française, 159, pp. 67-82.

Kleiber, G. (2005) : Des démonstratifs bien énigmatiques : les démonstratifs cataphoriques génériques, Noms nus et généricité (C. Dobrovie-Sorin, ed.), Paris : Presses universitaires de Vincennes, pp. 65-95.

Le Goffic, P. (1991) : ‘Comme’, adverbe connecteur intégratif : éléments pour une description, Travaux linguistiques du Cerlico, Rennes : Presses universitaires de Rennes2, pp. 43-71.

Le Goffic, P. (1993) : Grammaire de la phrase française, Paris : Hachette.
Moline, E. (1998) : ‘C’est juste une fille comme toi et moi’ : un exemple de relatives en ‘comme’. De la comparaison au prototype, Revue romane, pp. 68-86.