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Séance 5 : Autour du quam, entre coordination, disjonction et comparaison

par webmestre - publié le

Anna Orlandini

23 janvier 2009, 10h-12h, ENS, Salle Beckett.

Résumé

Parmi les particules de la langue latine quam est l’une des plus intéressantes, parce qu’elle se présente, d’une part comme élément autonome en fonction comparative introduisant le second terme d’une comparaison ou en corrélation avec tam (dans la comparaison d’égalité) ou avec magis, potius (dans la comparaison d’inégalité) et d’autre part comme élément figé dans un grand nombre de composés : quisquam numquam, quamuis, quamlibet, quamquam, outre a antequam, anteaquam, priusquam, postquam. Nous avons choisi de concentrer notre enquête sur l’emploi de la particule quam en tant qu’élément autonome, comme outil de la comparaison. La particule quam, issue du thème *kwo-, interrogatif-indéfini devenu relatif en latin, est un ancien accusatif féminin.

J’analyserai d’abord les rapports entre la coordination copulativo-connective et la comparaison, notamment le développement de l’équatif au comparatif. Puis je traiterai de la comparaison élative et enfin j’explorerai les relations entre la conjonction disjonctive, la négation et la comparaison.

L’emploi de la particule latine quam couvre le domaine de la comparaison d’égalité, réalisée par les structures corrélatives (tam quam) et proche de la coordination connective (idem ac, atque, et). Quam se rencontre aussi dans l’expression de la comparaison élative (taetrior hic tyrannus quam quisquam superiorum « plus cruel ce tyran qu’aucun de se prédécesseurs » ; leuior quam pluma « plus léger qu’une plume » ) et dans la comparaison d’inégalité : ’maior quam frater’ "plus grand que le frère" .

Le second terme de la comparaison peut aussi être exprimé par un l’ablatif, notamment par deux ablatifs de nature différente. Le type "à parangon" ’melle dulcior’ "plus doux que le miel", est un ablatif sociatif, dans une comparaison élative, et le type ’maior fratre’ "plus grand que le frère", est un ablatif séparatif dans la vraie comparaison d’inégalité ("X plus grand à partir du frère").

Quam en tant que particule adverbiale, dans la série des “ conjoined comparatives ” ante quam « avant que », citius quam « plus tôt que », potius quam, magis quam « plutôt que », est constitutive de la comparaison polaire issue d’une “ Independent Strategy ” (cf. Stassen 1985) qui à l’origine juxtapose des “ balanced temporal chains ”, et partage des traits sémantiques et fonctionnels avec la coordination disjonctive exclusive et la négation sémantique. Enfin quam est l’outil non marqué pour exprimer la comparaison non polaire issue d’une “ Ordered Strategy ” que l’on peut rapprocher pour certains traits sémantiques et fonctionnels de la disjonction inclusive et de la négation pragmatique.

J’essaierai de montrer qu’il existe un continuum entre coordination et subordination et que les structures corrélativo-comparatives couvrent les deux relations. Mon enquête est partie des structures issues de thèmes du relatif (*kwo-) et du démonstratif (*to-) qui caractérisent le diptyque indo-européen le plus ancien. Ces marqueurs sont plurifonctionnels, s’adaptant à exprimer la coordination aussi bien que la subordination. Dans le domaine de l’expression de l’identité quantitative, à la structure équative réalisée par les séries quam ... tam ; quantus ... tantus ; quot ... tot ; quemadmodum ... sic fait pendant la série corrélative asymétrique (subordonnante) quo magis ... eo magis qui exprime une implication de type conditionnel.
Dans toutes ces structures, l’oratio obliqua distingue en latin par l’emploi de l’infinitif les structures coordonnées issues de relation entre propositions hiérarchiquement indépendantes et, par l’emploi du subjonctif - la forme modale la plus généralisée pour marquer la subordination - les structures issues d’une relation asymétrique qui sont, en effet, hiérarchiquement subordonnées, exprimant l’implication conditionnelle.

Le chemin évolutif que esquissé ici n’est pas purement conjectural, il s’appuie précisément sur les parcours sémantiques (“ semantic maps ”, cf. M. Haspelmath 2004) tracés à partir des relations sémantico-fonctionnelles.

Références bibliographiques

Benveniste, É. 1948. Noms d’agent et noms d’action en indo-européen, Paris, Adrien Maisonneuve.

Bertocchi A. - A. Orlandini 1996. "Quelques aspects de la comparaison en latin", Indogermanische Forschungen 101,195-232.

Fuchs, C. et al. 2008. Structures Subordonnées Comparatives du Français, Linguisticae Investigationes 31.

Haspelmath, M. 2004. "Coordinating constructions. An overview" in M.Haspelmath (ed.) Coordinating Constructions, Amsterdam-Philadelphia, J. Benjamins, 3-39.

Stassen, L. 1985. Comparison and Universal Grammar, London, Blackwell.

Szemerényi, O. 1985=1991 "Syntax,meaning, and origin of the Indo-European particle *kwe", in Heintz, Günther / Schmitter, Peter (Hgg.) : Collectanea Philologica.Festschrift für Helmut Gipper zum 65. Geburtstag Bd. 2. (Baden-Baden:Koerner) 1985, 747-775
= Scripta minora : selected essays in Indo-European, Greek and Latin / Oswald Szemerenyi ; edited by P. Considine and J. T. Hooker,1. : Indo-European / Oswald Szemerényi ; Innsbruck, Institut fur Sprachwissenschaft der Universitat Innsbruck, 1991, 367-395.