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Résumé Projet

par webmestre - publié le

Contexte scientifique et objectifs du projet

Dans les travaux de linguistique (descriptive ou formelle) et de psycholinguistique consacrés au discours, les modèles les plus répandus partent de l’hypothèse que l’interprétation de la cohérence entre les énoncés apparaissant au fur et à mesure de l’avancée du discours met en jeu deux types seulement de relations, à savoir des relations sémantiques signalées (quand elles le sont) par des connecteurs et des relations référentielles signalées par les anaphores.

Le projet soumis vise à étayer une hypothèse alternative consistant à introduire une nouvelle famille de relations dites d’indexation qui s’opposent en bloc aux relations de connexion supportées par les connecteurs et les anaphores.

Cette hypothèse découle des recherches développées depuis plusieurs années au sein du laboratoire LATTICE (et en collaboration avec d’autres équipes) sur le fonctionnement des adverbiaux dits cadratifs. Ces adverbiaux (adverbes, groupes prépositionnels, SN, …) détachés en tête de phrase mettent en avant un critère sémantique (spatial, temporel, médiatif, thématique, …) qui indexe l’énoncé dans lequel ils apparaissent et qui tend, par défaut, à s’appliquer aux énoncés arrivants, à moins que certaines marques de clôture n’indiquent le contraire.

Cette capacité d’indexation à distance met en jeu des relations de portée qui sont orientées vers l’aval du discours et qui s’opposent aux relations remontantes signalées par les connecteurs et les anaphores. Le projet soumis a pour objectifs d’étoffer et de promouvoir cette nouvelle conception des relations de discours.

Les études prévues sont centrées sur les adverbiaux spatiaux (concrets et abstraits) et prévoient deux types d’investigations : des analyses linguistiques sur corpus et des expérimentations psycholinguistiques.

Description du projet, méthodologie

Dans les travaux proposés, un premier volet rassemble des études sur les adverbiaux spatiaux introduits par des adverbes ou des groupes prépositionnels qui peuvent être introduits par des prépositions statiques ou dynamiques. Ces études visent à montrer
que, si les groupes prépositionnels avec prépositions statiques sont mieux à même que ceux comportant des prépositions dynamiques à étendre leur portée au-delà de leur phrase d’accueil, ces derniers sont néanmoins en mesure d’assumer de telles fonctions dans les contextes mettant en jeu des verbes de perception.

Le second volet, de portée plus générale, rassemble des études destinées à étayer l’idée que la remontée en tête de phrase de groupes non intégrés syntaxiquement (en l’occurrence des groupes adverbiaux dits circonstanciels) amorce un processus de grammaticalisation qui peut s’exercer dans deux directions opposées, à savoir la voie connexionnelle qui se termine lorsque le groupe devient un connecteur (avec passage préalable par une étape où il fonctionne comme une ellipse ou une anaphore) et la voie cadrative (où les formes de figement et de désémantisation sont globalement moins poussées et compatibles avec des relations de type anaphore). La connaissance des facteurs susceptibles d’expliquer ces évolutions (qui conduisent à des expressions polyfonctionnelles dans un état de langue donné) est d’autant plus intéressante que ces deux voies sont divergentes et que l’on dispose de très peu d’études précises sur les formes du français qui seront analysées dans le projet.

Le troisième volet prévoit deux expérimentations psycholinguistiques conçues pour tester l’effet du placement des adverbiaux sur la compréhension en lecture. L’hypothèse générale sous-tendant ces expérimentations consiste à faire valoir que le placement à l’initiale de phrase d’un adverbial induit un traitement particulier, le sujet devant garder en mémoire le critère sémantique mis en avant par l’adverbial et contrôler la clôture et le rattachement du ou des cadre(s) que celui-ci introduit.

Les travaux de linguistique seront fondées sur des corpus dédiés à l’étude des expressions analysées et annotés en fonction des hypothèses testées. Les corpus seront élaborés en vue d’études sur le français écrit ou parlé actuel ou en vue d’études comparatives : français actuel/ancien et moyen français et français/anglais/serbe. Les expérimentations psycholinguistiques mettront en œuvre des méthodes on line (auto-présentation segmentée dans un premier temps). Les linguistes et psycholinguistes impliqués dans le projet ont déjà l’expérience de travaux en commun.

Résultats attendus

Les résultats attendus devraient permettre de mieux comprendre ce qui se passe dans la partie gauche de la phrase et notamment d’étoffer les analyses actuelles indiquant que cette zone joue un rôle crucial à l’interface du discours. L’apport principal en la matière consiste à faire valoir que les marques de cohésion susceptibles d’apparaître dans cette zone ne se réduisent pas au signalement de relations de connexion mais incluent une vaste famille d’expressions dites cadratives induisant des relations descendantes d’indexation.