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Recherches sur la construction dynamique du sens

par Thierry POIBEAU - publié le

Les linguistes, qui s’attachent à décrire le sens que peuvent prendre les expressions et constructions d’une langue donnée, recourent à un vaste ensemble de termes (plus ou moins) techniques pour rendre compte à la fois de leur(s) valeur(s) sémantique(s) potentielle(s) et de la façon dont tel ou tel contexte particulier peut imposer ou privilégier l’une ou l’autre de ces valeurs.

L’idée très générale sous-jacente à ces approches consiste à supposer que les formes d’expression, de quelque niveau qu’on les imagine, encodent des contenus conceptuels et des instructions de traitement qui, par assemblage, présélectionnent un certain nombre de valeurs qui sont ensuite complétées par des implicatures contextuelles pour aboutir (dans le meilleur des cas) à une valeur supposée correspondre à l’intention communicative du locuteur.
Les analyses linguistiques ont pour vocation de mettre au jour et de décrire tout ce qui peut être codé dans telle ou telle langue, comment et pourquoi cela est codé, comment ces différentes formes de codage peuvent évoluer en diachronie, et pourquoi les formes de codage que l’on observe dans telle langue se retrouvent ou non dans d’autres. Dans la pratique, les travaux sont centrés sur le fonctionnement de formes particulières, et ils s’attachent à montrer, de façon aussi précise que possible, comment l’interprétation de ces formes peut être influencée par le contexte dans lequel elles apparaissent et comment elles contribuent à l’affectation d’une intention communicative aux énoncés dans lesquels elles figurent.

Cette façon de procéder et de raisonner pose toutes sortes de questions empiriques mais aussi philosophiques. Le problème est celui de l’activation et de l’instrumentation du code (ou des codes, car le langage témoigne d’une pluralité stratifiée d’encodages - un niveau d’encodage correspondant à toute sorte de phénomènes) telle qu’elle a lieu en contexte. Mais que veut dire "contexte" ? Quel type de contrainte fait-il peser sur la détermination du sens ? Plutôt que de parler de "contrainte", ne vaudrait-il pas mieux parler d’appuis : y a-t-il du sens hors contexte ? Plutôt que de dire que le sens se construit en contexte (c’est-à-dire pas seulement - ni même du tout, si cette formule devait finalement se révéler vide- sous la contrainte du contexte), ne vaudrait-il pas mieux dire que le sens se construit en en faisant usage ?

Ces questions amènent à envisager les intentions qui, peut-être, président à tel usage, ou en tout cas y jouent un rôle, mais il se pourrait là aussi que le contexte ne soit ne soit essentiel que dans tel et tel usage, que cette intention ne soit donc qu’une partie de cet usage, et qu’il comporte une forme de réflexivité ?

On abordera ces questions selon deux angles complémentaires :

  • Une réflexion s’engagera avec des philosophes du langage autour des termes et des notions employées (contexte, compositionnalité, etc.), et des différentes conceptions que les uns et les autres peuvent avoir de ces notions (Benoist, 2011) ;
  • Un travail pratique d’analyse linguistique continuera d’explorer la notion de sémantique instructionnelle (groupe « Pedro »). Après quelques années passées sur des mots isolés (Col et al., 2012), il s’agira de revenir à l’analyse d’énoncés complets, ce qui mettra en jeu les notions entrevues précédemment (contexte, compositionnalité, etc.).