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Opération TransferS De l’espace au temps

par Benjamin FAGARD - publié le , mis à jour le

De l’espace au temps : cadres de référence et interférences culturelles

Ce projet est dirigé par Benjamin Fagard, en collaboration avec Jordan Zlatev, Lund, Suède.

L’objectif du projet est de s’interroger sur la part d’arbitraire dans l’évolution linguistique, en comparant les invariants linguistiques et le rôle joué par la culture dans un type spécifique d’évolution : le passage de l’espace au temps.

Il est vrai que ce domaine a été largement étudié, notamment d’un point de vue typologique (Haspelmath 1997) ou contrastif notamment avec des comparaisons entre deux langues (Boroditsky 2001 ; Boroditsky, Fuhrman & McCormick 2010) ou encore avec des études spécifiques sur une langue ‘exotique’ (Boroditsky & Gaby 2010). Une des questions récurrentes à ce sujet est celle de la ‘représentation mentale’ du temps sur la base de l’espace (Boroditsky 2000 ; Matlock, Ramscar & Boroditsky 2005 ; Casasanto & Boroditsky 2008 ; Casasanto, Fotakopoulou & Boroditsky 2010 ; Gentner, Imai & Boroditsky 2002) et sa variation d’une culture à l’autre (Fuhrman & Boroditsky 2010).

Comme le note Jackendoff (1983), le temps est un ‘pseudo-espace’ unidimensionnel, et on conçoit donc le temps comme une ligne : les projections espace-temps impliquent donc un compactage des trois dimensions en une seule, ou le choix d’un seul axe. Les axes typiquement utilisés par et pour les êtres humains – l’axe sagittal, vertical et latéral – sont donc tous utilisables, en théorie, pour l’expression du temps. Pourtant, on a remarqué dans les études typologiques que l’axe vertical est rarement utilisé (bien qu’il soit présent en chinois et dans les langues austronésiennes, cf. Ašić 2008 : 25), et l’axe latéral à peu près exclu (cf. *à gauche de samedi). C’est l’axe sagittal qui est le plus couramment utilisé, selon différentes modalités (Clark 1973 : 50, Boroditsky & Ramscar 2002, Lakoff & Johnson 1980 : 41-5, Haspelmath 1997).

Le projet consiste à étudier ces différents modes de ‘projection métaphorique’ de l’espace sur le temps, à partir de l’étude d’une quinzaine de langues de tous les continents, notamment des langues indo-européennes (français, suédois, polonais), finno-ougriennes (hongrois), asiatiques (thaï), des langues amazoniennes ou encore des isolats (basque). La réflexion portera également sur les expressions temporelles apparemment déconnectées de l’espace, particulièrement fréquentes dans certaines langues (Sinha, Silva Sinha, Zinken & Sampaio 2011). La méthode inclura la mise au point d’une base de données des projections espace-temps et, pour les langues ayant une tradition écrite, des études sur corpus ponctuelles permettant de vérifier le mode de réalisation de ces transferts. Nous partirons d’une description élémentaire des moyens utilisés par chaque langue pour décrire l’espace, à l’aide de l’outil d’élicitation élaboré par l’équipe Trajectoire, et nous mettrons ces moyens en rapport avec l’expression du temps dans ces langues.

Les langues non-européennes incluses dans le projet seront majoritairement des langues en danger, non décrites ; ce projet contribuera donc à sa façon au travail de ‘sauvetage’ des langues en voie de disparition.

Collaborateurs externes (liste non exhaustive) :

- Massimo Cerruti, Università di Torino ;

- Camille Colin, Université Paris IV ;

- Johan Blomberg, Lunds Universitet ;

- Jean-Michel Fortis, HTL (CNRS) ;

- Alice Vittrant, Lacito, AMU ;

- Anetta Kopecka, DDL, Université Lyon II ;

- Jérémy Pasquereau, University of Massachusetts ;

- Naonori Nagaya, National Institute for Japanese Language and Linguistics.