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L’asymétrie Espace/ Temps dans l’ancrage des événements

par Thierry POIBEAU - publié le

Dans cette opération, à l’interface entre syntaxe et sémantique, on entend explorer (dans la continuation des travaux entrepris) la distinction entre argument et adjoint en se centrant tout particulièrement sur le statut des constituants exprimant la localisation spatiale, statut qui est notoirement difficile à déterminer.

On s’attachera en particulier à mettre en évidence par le biais d’études sur corpus, et éventuellement d’expérimentations, l’ensemble des contraintes à la fois lexicales et syntaxiques (selon les classes de verbes et les constructions) et pragmatiques (questions de référence) qui déterminent l’apparition d’un constituant exprimant la localisation spatiale. Dans (Carlier et Sarda 2010), nous avons montré que les verbes de mouvement directionnel appellent un argument locatif contrairement aux verbes de manière de mouvement qui ne déterminent pas de position argumentale pour le locatif. Cependant, on a pu saisir la contrainte de présence du locatif avec ces verbes de manière de mouvement lorsqu’ils sont intégrés dans une construction de mouvement directionnel. Le locatif est alors non pas argument du verbe mais argument de la construction verbale. Parallèlement à cette distinction entre argument du verbe et argument de la construction verbale, nous avons tenté aussi de saisir une autre face du problème en montrant qu’un argument peut être optionnel (comme c’est le cas avec les verbes de mouvement directionnels) alors que des adjoints peuvent être obligatoires comme c’est le cas par exemple dans les prédications existentielles. C’est tout particulièrement dans ces constructions existentielles que l’on peut voir la dissymétrie entre espace et temps, comme dans l’exemple ci-dessous. (b) est bizarre parce que le temps ne permet pas l’ancrage du sujet indéfini.

a. Des jouets et des legos traînaient dans la pièce.
b. ?? Des jouets et des legos traînaient ce matin. (ex. Carlier & Sarda 2010 : 12)

Nous explorerons plus avant le rôle des adjoints locatifs par contraste avec les adjoints temporels. Dans le cadre des prédications existentielles, la contrainte de présence est beaucoup plus forte pour le locatif que pour le temporel. Nous chercherons à mieux comprendre cette différence à la lumière des liens spécifiques que l’espace entretient avec l’existence, et de fait avec les propriétés de spécification, d’individuation et d’ancrage qui ne peuvent pas être apportées par les constituants temporels. Nous nous basons dans ce travail d’exploration sur l’ontologie des entités spatio-temporelles proposée par Zemach (1979). Nous nous proposons de mener un travail sur corpus pour évaluer la fréquence des deux types d’ancrage, locatifs vs. Temporels, en cooccurrence avec différentes classes d’événements (localisation, apparition, phénomènes atmosphériques, catastrophes etc.).